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03/01/2016

NOUVEAU PORTRAIT D' ARTHUR RIMBAUD : CE PORTRAIT QUI NOUS EMEUHHHH ! (selon Franck Ferrand in Paris Match)

photo rimb ferrand.docx

« Quand l’ombre bave au bois comme un mufle de vache » : A.Rimbaud.

Sans doute est-ce pour achever en beauté 2015 (putain d’année !), que Franck Ferrand nous livre, sur le site de Paris-Match, le 26 décembre, une « version du pauvre » de l’éternelle historiette du portrait retrouvé du maudit poète. 

Malheureusement, n’est pas Jean-Jacques Lefrère qui veut !


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En effet, devant le portrait ici présenté, l’on ne sait d’abord s’il faut rire ou pleurer, ou bien plus utilement conseiller au découvreur - et à son thuriféraire - d’aller consulter de toute urgence un ophtalmo (début de DMLA ?).
 

Même si Lefrère s’est en définitive tout autant trompé, du moins son « Rimbaud » d’Aden offrait-il une certaine ressemblance avec le poète, un visage à peu près acceptable pour défendre sa thèse.

Or point de tout cela, ici ! Cet homme ressemble en effet plus à mon trisaïeul (Antoine Rambaud - dit Circetaud ), photographe à ses heures, qu’à Arthur Rimbaud, poète aux siennes.

 « Quel regard ! » : s’exclame Franck Ferrand, d’évidence encore tout émerveillé des agapes de son réveillon. Pour cette (seule) raison, nous lui pardonnerons, volontiers, cette faute de goût et ce faux-pas. Petit détail, notons que la personne exhibant à l’image la photocarte a préféré enfiler des gants afin de ne laisser aucune empreinte compromettante ! Comme nous la comprenons !

Les personnes ayant quelque peu suivi l’histoire du soi-disant portrait de Rimbaud à Aden, retrouveront ici, traits pour traits, les inévitables travers, biais de présentation et autres amalgames qui, à l’époque, parsemaient les articles (foutrement plus copieux) de Jean-Jacques Lefrère et de Jacques Desse. On peut même parler de véritable copié-collé, tant pour le fond que sur la forme. Pastiche ?

Comme un petit quelque chose de « déjà-vu ».

Qu’écrivaient donc, en 2010, les libraires Desse et Caussé, à propos de leur photo d’Aden ? Quel élément de pure subjectivité présentaient-ils comme facteur déclenchant de leur réflexion : le fameux regard déjà-vu ! « L’intensité de son expression, ce regard sans aménité nous rappelle quelqu’un ». Même formulation dans l’article de Ferrand : « Ce regard, Carlos est à peu près certain de l’avoir déjà vu. Mais où? ».

Ah, ce regard unique … (et, petit plus ici, le nœud de cravate idem).

Ferrand poursuit alors sur la veine « pierre-bellemaresque » qui fait son succès radiophonique : « Regard étrange. A la fois profond et absent. Vague et pénétrant. Le regard lointain d’un visionnaire, ou bien d’un voyageur…Soudain, le cœur de Carlos se met à battre à tout rompre (mince, il va aussi falloir consulter le cardiologue). Et si ce regard singulier, envoûtant, ce regard qui le hante depuis des jours maintenant était celui del’homme aux semelles de vent  ?». C’est beau comme du Verlaine !

Dans un style (aisément) moins grandiloquent, Lefrère évoquait déjà : «  celui qui est assis sur la droite (…) attire l’attention, tant par la singularité de son attitude que par l’intensité de son expression » et qualifiait déjà ce regard d’absent. Etc…

Quelle dose de naïveté faut-il donc garder pour croire qu’à toute heure, en toute circonstance, un poète se doit de présenter, au monde, un infrangible et inoubliable regard de poète ?

Nous passerons – sans nous y arrêter plus que cela ne mérite (lire tous les articles précédents sur ce blog, car là également le copié-collé suffit) – sur les inévitables pseudo recherches, expertises à la « mords-moi le nœud » et autres billevesées à deux balles étayant l’argumentation (?) développée (?) par Carlos Leresche et reprise en bloc (de foie gras ?) par Franck Ferrand : les inévitables portraits superposés, les experts en tout et en rien : spécialistes de Greuze, Dame Cartier-Bresson de la maison de la photographie, Bertillon et son gendarme assermenté, sans oublier le dorénavant incontournable expert en analyse biométrique et anthropomorphique (Brice Poreau - et son e-pied à coulisse – sauvé des eaux ?)

Dépassons à présent le bla-bla, les écrans de faux savoirs et de vraie fumée de ces articles d’un jour, aussitôt lus, aussitôt repris – sans vérification - par les confrères (ici, Le Figaro qui n’en est pas à son galop d’essai et, avec un peu plus de circonspection,Télérama ) et tout aussi vite jetés. Venons-en à l’essentiel ! Arthur Rimbaud peut-il ou non être dans l’album de photos de Liane de Pougy ?

Voilà, en effet, la vraie question, la seule question, celle qui, une fois résolue, nous fera prendre en considération – ou non – l’hypothèse défendue par Franck Ferrand (journaliste spécialiste d’histoire), celle qui tant fait bondir le cœur de Carlos Leresche. L’auteur de l’article reconnaît, en effet, que 2 initiales (AR) constituent tout de même un indice un peu faible - quoique « bienvenu » (excellente private joke !) - pour identifier le poète « à la culotte au large trou et aux élastiques contre son cœur ».

Or là, il n’est nul besoin d’être spécialiste du maudit poète ou de la grande horizontale pour comprendre l’impossibilité d’une quelconque rencontre de Rimbaud et de l’hétaïre. Quelques dates de leurs biographies respectives suffisent en effet pour balayer, d’un revers ganté de blanc et de main, cette hypothèse.

Alors, comment - sinon sous l’influence mal dissipée de tenaces petites bulles champenoises-  avez vous pu, Monsieur Ferrand, laisser échapper ces quelques lignes : «  On ignore comment il aurait rencontré Liane qui, à 22ans, a déjà tous les hommes à ses pieds. Lors de quel départ, de quel retour, de quel transit parisien, il conviendrait de le situer ».

N’était-ce donc pas précisément de ce côté qu’il aurait fallu commencer la recherche ? Que de mots perdus !

Je serai concis.

Arthur Rimbaud quitte la France, en 1879, pour Chypre, Aden puis l’Abyssinie. Or, en 1879, Liane de Pougy (de son nom de paix, Anne-Marie Chassaigne) a 10 ans ! Oui : 2 fois 5 ! Vous conviendrez qu'il y a donc peu de chance que la pitchoune - même plus éveillée que la moyenne - possède alors une photo d’Arthur (parfait inconnu), au chaud, dans son livre de messe.

Et Rimbaud ne remettra les pieds (surtout le gauche), en métropole, qu’en mai 1891. Il n’y a en effet, Monsieur Ferrand, ni allers, ni retours, ni transits d’Arthur R., en France, entre 1879 et 1891. Tout biographe du poète (de ce monde ou de l’autre) vous le confirmera aisément.

Certes, en 1891, Anne-Marie (qui a 22 ans) devient Liane de Pougy, la coqueluche de la plaine Monceau et du Bois, mais cette année-la, bêtement, Rimbaud (toujours inconnu du grand comme du demi-monde) sera trop occupé à mourir pour se soucier d’autre chose. A sa décharge, il n’avait jamais eu, sa vie durant, un excellent sens des priorités, ni su au demeurant rouler dans la bonne ornière.

Sans doute, est-ce pour cela qu’il n’a jamais pu devenir journaliste (à canular ou non).

 

Circeto

 

Commentaires

En tout cas vous : vous savez raconter : le seul mérite de cette découverte (mon dieu) c'est de vous entendre : encore un circetomphe !

Écrit par : Alfonso | 03/01/2016

Vous avez raison de m'alerter sur les dates, mon addition n'était pas juste.
Née en 1869, Liane de Pougy monte à Paris à l'âge de 19 ans soit en 1888. Rimbaud était en Afrique à cette date et commerce avec César Tian et cela jusqu'à 1891 puis ce sera son retour définitif en France.

Écrit par : De Vos Alain | 04/01/2016

hello bonjour,

monsieur Bienvenu a publié récemment dans son blog sur la révolution métrique de Mallarmé, de Rimbaud (...), du XJXe siècle pour résumer, en tablant sur l'ignorance de ses lecteurs je cite :

"on ignore, en général, que les fameux vers de Mallarmé qui comportent un long adverbe en leur milieu :

Accable belle indolemment comme les fleurs (L’Azur)
À me peigner nonchalamment dans un miroir (Hérodiade)

Sont imités du vers révolutionnaire de Banville :

Où je filais pensi-vement la blanche laine (La Reine Omphale)

qui coupait pour la première fois un adverbe à l’hémistiche et publié dès 1861 dans la Revue fantaisiste que Mallarmé connaissait bien.

Rimbaud écrira à Paris le vers suivant qui est lui aussi à l’évidence à l’image du vers de Banville :

Eclatent, tricolo-rement enrubannés. (Ressouvenir)"
...................................................................................

Fin de la citation.
Donc monsieur Bienvenu date le vers révolutionnaire de 1861 et il pense nous apprendre la date et l'auteur de cette audace.

Mais l'ignorance est plutôt la sienne je pense, et donc il n'a pas voulu publier mon commentaire que je vous donne ici, je ne dis pas qu'il est génial mais il est historiquement vrai.

Je commence par citer m. Bienvenu puis je réponds :

"D’un point de vue métrique on ignore, en général, que les fameux vers de Mallarmé qui comportent un long adverbe en leur milieu (...)" etc

Je croyais que beaucoup le savaient.

En revanche, toujours du point de vue métrique, on ignore, en général, que c'est en 1600 que Pierre Laudun d'Aigaliers écrit ce qu'il nomme un "Sonnet en prose" dont presque tous les vers sont métriquement décalés

(Amusant, on voit que l'hémistiche du premier vers coupe déjà un adverbe) :

"Je voudrois bien volontiers chanter ta grand'gloire,
"Et dire aussi tout ce dequoy tu puis vanter:
"Mais puis que je n'ay jamais sceu si hault chanter,
"Je contempleray constant ce que je dois croire.

"Tu seras gravé dans le temple de memoire,
"Car, docte, tu as merité de frequenter,
"Les Princes les plus excellents qu'on peut compter:
"Qui sont, ou bien qui seront en ce territoire.

"C'est pourquoy, mon docte Allemandi, je sçay bien
"Que jamais tu ne manqueras d'heur et de bien
"Ains vivras avec les hommes en toute joye,

"Je prie donc le grand Dieu qui de rien a tout faict
"Te rendre chascun desir pieux, tres-parfaict
"Pour te donner par un jour à sa saincte voye."

Mais il s'agit aux yeux de son auteur d'un texte en prose. Le découpage métrique fantaisiste des vers oblige le lecteur à vérifier constamment la somme,

Et ce lecteur faci-lement s'amusera
De penser que proba-blement l'auteur lui-même
Pati-emmentissi-mement, sans doute, aura
Dû recompter sur ses doigts les douze qu'il sème :-)

On voit que la révolution hugolienne, banvillienne, rimbaldienne, a bien des antécédents, à cette différence que le XVIIe siècle littéraire condamne comme fautif ce que le XIXe siècle valide comme libération.

Mais c'est vrai aussi qu'au XIXe tout le monde écrit en vers, et en alexandrins si souvent, et en toute occasion et sur n'importe quoi ! que renouveler cette forme surusée posait problème

Le vers déboîté, genre "sonnet en prose" de Laudun, fait des milliers d'émules... Production rimée pléthorique aussi interchangeable alors que la production poétique contemporaine. On en vient très bientôt sous le nom de poésie à la prose tout court mais s'il est une révolution, un bouleversement, une révélation de Voyant dans le franco-centrisme poético-littéraire du XIXe finissant c'est bien ceci :

on peut ne pas rimer ! ;-)

Merci de m'avoir lue

Écrit par : meyle | 06/02/2016

monsieur David sur son blog rimbaldien -où j'ai posté le même commentaire - m'honore d'une longue réponse d'une érudition panique ! :-)

Il aligne toute l'Armada
voici le lien pour les curieux de sa réponse détaillée.

http://paintedplates.blogspot.fr/2016/02/en-reponse-lay-link.html#comment-form

Le royaume de l'homme aux semelles de vent ne devrait pourtant pas être une zone de confort absolu.. :-)

Alors j'essaie de calmer le jeu

"oh merci pour cette longue réponse, et je suppose que du recensement détaillé de toutes les fantaisies métriques des rimeurs de ce temps, une étude complète remplirait plusieurs bibliothèques d'Alexandrie :-)
Mon propos n'est pas de mettre en doute une si respectable érudition.
Il n'est (pardon de me répéter) que cette observation : le XVIIe siècle littéraire condamne comme fautif ce que le XIXe siècle valide comme libération.
Les poètes du XIXe ne peuvent pas king-konguer des poings sur leur poitrine
C'est moi qui le premier ait disloqué ce ni-
Ais d'alexandrin ad-mirez donc mon audac-
I-eux déport des ac-cents dont ni Rocher ni
Cornulier ne contes-teront que je suis l'as :-) "

je pensais faire sourire et j'ajoute à ma blague deux liens cocasses (*) mais c'est raté monsieur David monte le ton contre moi puis surtout garde un sérieux qui peut surprendre, je le cite intégralement :

"J'ai supprimé un message qui pouvait être polémique et qui proposait deux liens merdiques de chez merdique. Pour ce qui est de Laudun, la même référence apparaît déjà en-dessous d'un article sur Voyelles sur la toile, je suppose que vous êtes la même personne.
Votre dislocation est trop radicale, il y manque la subtilité, la dislocation immédiate ne demande pas une compétence particulière. Hugo ou Rimbaud créent du rythme malgré les rejets ou malgré comment dire ça pour Rimbaud malgré l'invisibilité de la césure. Excusez-moi de vous trouver nul en comparaison."

:-)

ma dislocation est "trop radicale" non j'y crois pas XD
ça se voit tant que ça

voici ma réaction, car je n'imagine pas qu'elle sera publiée par mon ami au sérieux chatouilleux..


"Votre dislocation est trop radicale, il y manque la subtilité, la dislocation immédiate ne demande pas une compétence particulière."

XD
Mais.. mais David? à quoi bon être réactif
Au point d'user de termes tels "nul" ou "merdique"? O.o
Gardez vos nerfs pour ne point choir dans un "et pif !"
Fatal au nautonier de l'océan métrique :-)

Tirez plutôt des Paul, Alfred, Théo, Victor,
Des Stéphane, des Arthur.., skieurs de génie..
Tant que leurs 12 pieds suivent votre hors-bord
Ils ne s'échoueront point dans la laylinkerie

keep cool bro :-)

(comme c'est quand même dimanche j'ai mis ici le lien de
"Kusumi Koharu-Happy Happy Sunday! Dance Shot Version" faut pas se gâcher la vie)

(*)voici les liens que mon ami trouve "merdiques de chez merdique" oh c'est pas respectueux pour Yves Goutinier déjà qu'il va pas bien fort XD

https://www.youtube.com/watch?v=A2YN8qFhcoc

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=834122143345459&id=785345054889835

Écrit par : meyle | 14/02/2016

Il semble que notre libraire associé s'améliore. Cette fois il ne se prend pas les pieds dans le tapis. Une enquête de 26 pages (plusieurs années de travail et de rumination) pour dévoiler enfin le nom du photographe du premier communiant un peu spécial. 26 pages de remplissage : moi et un ou deux autres on se tord un peu sur le tapis.

Écrit par : Alf | 20/05/2016

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