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27/10/2015

« FIGURANT DE TOUTES LES PIECES » / MARRI JOSEPH. 1

http://www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/Negoussie_la_revue_des_ressources.pdf

C’est sous ce titre « FIGURANT DE TOUTES LES PIECES », qu’en novembre 2010, Jacques DESSE fit paraître sur le site de la Revue des ressources, une vingtaine de pages consacrées  à un « ami » de Rimbaud : Joseph Négoussié, interprète  de Ménélik, roi du Choa.  L’article suivait de seulement 2 mois, la publication, sur ce site, du pavé de quarante pages, lancé à 4 mains (dont au moins 2 du même), dédié à la fameuse photo du coin de guéridon d’Aden  « Rimbaud, Aden, 1880 : histoire d’une photographie » (voir intégrale des  épisodes précédents).


A l’époque, cette réplique éditoriale tardive n’avait  guère attiré mon attention.  A tort !

Je n’ai redécouvert ce document que tout récemment,  presque par hasard. Hissée sur un escabeau improbable,  ma vieille gouvernante passait le plumeau au plus haut désolé de mes étagères de bibliothèque quand chût l’astéroïde. Je ramassai l’étrange objet, le soupesai et feuilletai ses pages noircies  de signes indubitablement extra-terrestres. Tout comme ces poussières d’étoiles tombées de l’espace, ce document témoignait du passé - ô d’un passé certes récent d’à peine 5 années, mais d’un passé entièrement ignoré de moi, donc neuf, totalement vierge.  

Back to 2010 !

Dans cet article, Jacques Desse présente – à partir d’un inédit découvert lors de ses recherches conduites autour du portrait d’Aden – l’histoire d’un singulier personnage : l’éthiopien Joseph Négoussié, témoin de 50 ans de la vie de son pays.  Les mauvaises langues pourront dire qu’il s’agit là de l’art connu d’accommoder les restes, il demeure qu’en cuisine (éditoriale ou non) ces restes  sont toujours capables de nous gratifier de bons petits plats savoureux  – sous réserve bien entendu que le chef ait un minimum de talent et fasse preuve d’un tant soit peu d’attention.

Malheureusement, dire que ce document recèle quelques inexactitudes relèverait  moins de la litote que du mensonge caractérisé. C’est tout bonnement un indigeste salmigondis  d’âneries (et pas seulement parce que l’auteur y fait la part belle aux mules), en comparaison duquel  le pire article de Wikipédia peut  aisément se donner des airs de sérieux scientifique et d’érudition.

Précisons donc l’argument développé dans l’article. Ce sera simple, celui-ci tient tout au plus en 2 lignes, le reste n’étant que l’ordinaire habillage (babillage) de photos /documents scannés et autres rimbalderies grimées ( à tout propos et hors de propos), suivant cette technique bien connue de « l’écran de fumée à l’ancienne» qui - sous la même plume, cette même année -  avait  déjà fait ses preuves, en coin de guéridon.

Il aurait existé, pendant près d’un siècle, sur le sol éthiopien, un éternel Joseph Négoussié, qui, « figurant de toutes les pièces », aurait traversé les époques et les âges de ce théâtre d’ombres  où le spectateur mystifié croise, tout à loisir, les mânes de Rimbaud et d’Henry de Monfreid. 

Grâce à Jacques Desse, ce second-rôle magnifique entre dans la lumière. Enfin.  

Nous voyons un Joseph Négoussié, virevoltant, se jouant des titres, des lieux et des saisons.  On le croit au Choa, il est en Russie ;  on le pense au service de Rimbaud, il est  secrétaire des affaires étrangères du roi ;  on le voit en prison en 1898, il réapparaît en tenue de général, l’année suivante, accueillant  le commandant Marchand  de retour de Fachoda. Il est né en 1828 mais a encore bon pied, bon œil au siècle suivant.  

Cet homme incroyable est à la fois Mathusalem, Fantômas et Charlie (celui au pull à rayures blanches et rouges, pas celui que je suis). Il est de tous les théâtres d’opération, dans tous les journaux, sur toutes les bouches, dans tous les  cœurs …

N’en jetez plus !

Même Jacques Desse, dans un instant de lucidité (heureusement vite contenue), s’étonne : « On peut se demander s’il ne s’agirait pas de deux homonymes : le Négoussié de Massouah dit avoir 45 ans en 1873, mais Ato Négoussié est toujours actif vers 1917, date à laquelle il aurait donc eu 89 ans ».   

Qui est donc cet ubiquiste Joseph Négoussié, cet Ato Joseph (monsieur Joseph), cet Alaka Joseph (lettré Joseph), ce gherazmatch Joseph (général Joseph, chef de l’aile gauche), ce Joseph de Gälan, dont la vie s’étire sur près d’un siècle, comme un sambouck  paresseux sur le sable d’Obock  ?  Peut-on raisonnablement penser qu’il s’agisse du seul et même homme, alors que cette abondance  d’éléments contradictoires  – et un peu de bon sens - semblent indiquer l’inverse ?

Et bien d’évidence oui, quand on est expert en choanneries et rimbalderies associées :  « Il semble que ce soit bien le même homme, qui a connu une longévité exceptionnelle. Il est en tout cas certain que l’Ato Joseph de Rimbaud est celui que connut, vingt ans plus tard, Henry de Monfreid », répond Jacques Desse à sa propre interrogation. 

A cœur vaillant rien d’impossible ! Tel est Jacques,  frère d’âme de nos aventuriers abyssins, que jamais l’exceptionnel (ou la triste réalité, voire la piètre vérité) n’intimidera !

Le docteur Frankenstein n’avait pas construit sa créature avec plus d’enthousiasme, ni les découvreurs de rostres de narvals du Moyen-Age imaginé leurs licornes avec plus d’inventivité. 

Comme pour le soi-disant portrait de Rimbaud à Aden, Jacques Desse nous construit ici, « de toutes pièces », la figure improbable d’un Joseph Négoussié imaginaire. Et comme pour cette célèbre photo d’Aden, le puzzle, ici présenté, peut sembler complet à un public peu regardant.

Toutes les pièces ne sont-elles pas assemblées ? N’est-ce donc pas, pour un puzzle, l’essentiel ?

Nous verrons que non !

 

 Circeto

 

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