Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

07/04/2012

RIMBAUD A ADEN / LE JEU DES SEPT ERREURS (7-2) :

ERREUR N° 7: Arthur RIMBAUD – La légende « toute goldée »  (suite et ouf !)

 

« Pour les naufragés »- A. Rimbaud

 

Comme il est écrit dans l’article d’Histoires L.ittéraires d’avril 2010 (ça ne nous rajeunit pas !), tout a commencé, pour nos découvreurs en photo rimbaldo-yéménite, par un  flash de pure subjectivité, valant son pesant de plumes d’autruches : « Parmi ces Européens (…) celui qui est assis sur la droite et qui semble le plus jeune, attire l’attention, tant par la singularité de son attitude que par l’intensité de son expression. Ce regard sans aménité nous rappelle quelqu’un ».


Chacun de ces termes est pour le moins sujet à caution : en effet, en quoi l’attitude de cet homme est-elle « singulière » comparée à celle de ses compagnons de fortune et peut-on raisonnablement qualifier son expression d’ « intense » ? L’homme, certes, fixe du regard l’appareil, mais il n’est pas le seul (cf Lulu, démon explorateur) et en quoi ce regard  peut-il être jugé peu « amène » ? S’il est vrai que l’homme ne se fend pas la pêche, on notera qu’il en va de même d’à peu près tous ses commensaux, tant les photos d’époque, avec leurs  temps de préparation et de pose, ne se prêtent guère au code hollywoodien du sourire plein dentier. 

 

Quant à savoir si ce regard « nous » rappelle quelqu’un, je demanderais bien son avis à Verlaine, mais il est en voyage.   

 

On ne peut ici que constater une nouvelle fois la naïveté déconcertante de l’éternel rimbaldien, pour qui, ontologiquement, un maudit poète, à chaque instant de  sa vie,  se doit d’être « singulier », présenter une expression forcément « intense » et, cela va de soi, «attirer l’attention » de chacun. Un truc, sans doute, écrit dans sa prose, sinon inscrit dans ses gènes !  

 

Dire que ce sont les mêmes qui se gaussent sans « aménité », de leurs (pourtant) semblables, leurs frères en patenôtres, ces autres fans énamourés qui refusent d’imaginer, une seule seconde, le poète dans ce personnage assis, le jugeant, tout au contraire, palot, falot, à la tête banale : une vraie « gueule de con »! Ainsi J-J Lefrère, dans un article publié dans le Magazine Littéraire de juin 2010, traite-t-il ces hurluberlus de « dévots » fascinés par « leur idole », sans paraître goûter la saveur auto-ironique du propos.  

 

On peut donc constater qu’un même préjugé, une même Dévotion (Rimbaud, comme Eva Joly ou le Che, est par essence différent de l’humain genre et ça se voit forcément sur le cliché !), appliqués à un même portrait, peuvent conduire  à deux interprétations diamétralement opposées, une fois passé le prisme irisé de la subjectivité.  

   

Une autre caractéristique de la subjectivité humaine est visiblement d’évoluer au fil du temps, en fonction des intérêts de la démonstration. Ainsi, d’article en article, verra-t-on, chez les mêmes auteurs, l’expression du visage du prétendu Rimbaud se transformer peu à peu, prenant toutes les subtilités du spectre émotionnel : d’ « absente », « détachée », « butée » et « vide », au Printemps 2010, cette physionomie deviendra, au temps des vendanges de la même année et dans la Revue des deux mondes : « concentrée », « curieuse » et même « avide ». 

 

Et si déjà leur talent de conteurs nous laisse sous le charme, comment ne pas être subjugué par le remarquable génie physionomiste de nos experts (déjà testé avec le succès que l’on connaît pour les frères Bardey, Révoil and Co) ?  Contemplons le, à l’œuvre !

 

« Si, en tenant compte de l’évolution de l’enfance et de l’adolescence à l’âge adulte (dans des conditions normales de température et de pression,  ceteris paribus sic stantibus), on compare le visage de ce personnage avec celui de Rimbaud (…) l’identité des traits est troublante, pour ne pas dire flagrante ». Flagrance, quand tu nous tiens … Suit alors une impeccable démonstration : 

 

« On retrouve ce visage ovale, cette chevelure remarquablement dense (traduire sans doute  « sans calvitie » ?), qui se dessine avec netteté sur le front, descendant légèrement sur ce front en une pointe un peu décentrée sur la droite, (l’atavique décentrage à droite pilo-rimbaldien), les pattes très fines ; des oreilles similaires dans leur implantation, leur forme et leurs proportions (voire leur nombre); la même racine du nez, assez large entre les sourcils ; la forme de l’oeil, le dessin de la paupière et celui de l’arcade sourcilière (…),  ce regard très clair (…),  le bout du nez rond et les narines un peu échancrées ; cette petite moustache blonde que l’on retrouve sur les dessins d’Isabelle Rimbaud représentant son frère (on picore par ci, on picore par là), cette bouche aux lèvres épaisses (…) le bas du visage, caractéristique (le reste ne l’était donc pas ?), avec ce menton rond et volontaire à la fois (yeap !), ces renflements sur les joues de part et d’autre de la bouche, et ces deux bosses sous la lèvre inférieure, tous méplats et boursouflures (…) que l’on retrouve chez sa soeur Isabelle : « la marque de la famille » des Rimbaud, prétendait Julien Gracq (flûte, lui aussi est en voyage!)

 

Et last but not least, comme disait Buster Keaton... Enfin, la lèvre supérieure de Rimbaud était dissymétrique, la partie gauche, au dessin confus, présentait un« manque », qui peut être pris pour une tache sur les photographies : on retrouve cette particularité, unique  comme une empreinte digitale (sic), sur notre image ». Le célèbre « bec de lièvre » des Rimbaud !

 

Que faire face à ce tant flot d’éloquence, sinon prendre les jambes à son cou et le rouge au front ?  D’autant qu’un joli montage photographique nous présente, côte à côte, dans les mêmes proportions et sous le même angle, un agrandissement du visage de l’homme assis à la terrasse et le portrait de l’ « Arthurus robustus » de Carjat (à résolument distinguer de l’ « Arthur gracile » du même, ce portrait éthéré pour midinettes à l’étuvée et poètes en fleurs). Et là, le doute n’est plus possible, tous deux sont blancs, de sexe masculin, imberbes, avec des traits plutôt réguliers et un visage assez inexpressif. On note aussi qu’ils ont deux yeux, un nez, un menton droit et surtout le visage, de façon identique, légèrement tourné vers la droite. 

 

Mais qu’affirmer de plus ?  L’un est un homme, l’autre un gamin ; bien malin celui qui pourra avancer une autre certitude sur le sujet. Si l’on est intellectuellement honnête, on avancera qu' il n’est pas impossible qu’il s’agisse de la même personne,  et on s’arrêtera là. 

On cherchera alors à comparer ce soit-disant Rimbaud de 1880, avec les portraits connus (même si peu nets) du Rimbaud adulte du Harar, et là le rapprochement tendrait plus à se dissiper qu’à se renforcer, mais ceci restant encore très subjectif. 

 

On tentera surtout d’identifier les autres personnages présents, pour dater le cliché. C’est ce qui a été tenté et réussi. Nous savons maintenant que la photo dite du « coin de table à Aden » a été prise, en novembre 1879, plus de 6 mois avant l’arrivée de Rimbaud sur zone. 

 

Comme il est difficile pour nos découvreurs de renoncer à leur rêve ! Personnellement je pense, qu’ils n’abdiqueront jamais (même le jour où le petit moustachu leur sera livré, avec prénom, nom et matricule) car que valent des arguments rationnels face à une croyance solidement ancrée ?  La foi n’a nul besoin de preuves, n'est elle pas son propre aliment ?  

 

Nous noterons juste la discrétion dont nos experts font preuve, sur le sujet, depuis une pleine année. Alors faisons de même,  retirons nous sur la pointe des pieds…

 

 

 

                                                                                                                                          Circeto

PS : une dernière information, que j'ai récemment apprise par un ami chercheur...

En août 1880, Maurice Riès n’était plus à Aden. Il avait, peu de temps auparavant, été envoyé par César Tian, à Hodeidah, pour ouvrir une agence. Plus précisément, ce furent deux maisons de négoce de café, toutes deux françaises, qui ouvrirent  chacune un comptoir, à Hodeidah, en juillet de cette année la : la maison « Tian », avec à sa tête, Maurice Riès, et  la maison « Morand, Fabre et Cie », avec un certain …Trébuchet. 

 

Trébuchet ? Vous avez bien  dit Trébuchet ?  LE Trébuchet, que rencontra à Hodeidah, en juillet 1880, Arthur R………. ?   

 

Ah non, ça suffit ! Stop ! 

FIN !

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Coucou à toi, je tenais à simplement commencer en te disant que j'aime le site ! :D
Le post déroge pas à la règle, à savoir super !
Mais je crois avoir un petit embêtement, le logo a l'air déplacé à gauche sur mon pc (avec ie) !

Écrit par : Acheter panneau solaire Fr | 13/10/2012

Les commentaires sont fermés.