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07/07/2011

RIMBAUD A ADEN / LE JEU DES SEPT ERREURS (6):

ERREURS N° 4, N° 5 et N° 6 : Suel, Dubar, Hunter : trois hommes pour un pyjama.

«En effet, ils furent rois, toute une matinée… » : A. Rimbaud

ERREUR N° 6. Frederick Mercer Hunter :

« …le petit frère (il est aux Indes)… » : A. Rimbaud

 

La première apparition du capitaine F.M Hunter dans le conte de nos experts est concomitante de celle de l’explorateur Georges Révoil et date de l’article de J-J Lefrère, du 5 juin 2010, publié sur les sites internet de L’Express et du Nouvel Obs.

On y apprend notamment, qu’en août 1880, le capitaine Hunter était le second assistant du résident politique britannique d’Aden et que son nom est cité dans la correspondance de Révoil aux sociétés de géographie de l’époque, où l’explorateur dresse de ce militaire un portrait sympathique, montrant un homme féru de culture locale (auteur d’une grammaire somali) et qui lui rend de signalés services.

Mais dans cet article de  J-J Lefrère, le capitaine Hunter n’est rien de plus qu’une connaissance de Révoil parmi d’autres, tels le major G.R. Goodfellow et le négociant César Tian. Son jour de gloire n’est pas arrivé ; il n’est pas encore à l’image ! Il devra attendre quelques mois.

Et pour cause !

 


En juin 2010, nos amis pensent avoir à peu près mis le nom sur chacun des personnages de la photo dite du « coin de table » (on sait maintenant ce que ces supputations valaient !) et il n’est donc besoin pour eux d’aller détailler la vie et l’œuvre d’un quelconque capitaine Hunter, encore moins de s’enquérir de son portrait !

Ce sera le travail d’autres personnes, à commencer par votre serviteur.

Le 19 juin 2010,  soit exactement deux semaines après l’article de J-J Lefrère (mon système de datation perso, mon  JC à moi !), un samedi nuit  (une nuit déjà quelque peu avancée, tirant sur le dimanche), je mettais la main et les yeux sur le portrait de Frederick Mercer Hunter, en fouinant sur le site généalogique d’un de ses (pas tout à fait) descendants. Et là je fus saisi par la très forte ressemblance de notre militaire avec l’individu en « pyjama » de la photo d’Aden. « Eureka ! », pensais-je, à l’instar de certains nageurs en petit bassin.

Malheureusement, le temps de me remettre de mon ébaubissement, de rechercher mes grappes neuronales perdues et de saisir une calculette, force fut de constater qu’il y avait un léger problème : né en 1844, le capitaine Hunter avait, en relative bonne logique et en 1880, 36 ans aux fleurs, ce qui d’évidence ne collait pas avec l’âge nettement plus avancé de l’homme trônant, en costume à carreaux, au centre du fameux cliché.

A ce stade, mon seul espoir restait donc qu’Hunter eût vieilli plus vite que de raison (soleil des colonies + cure régulière de brandy) et que ce portrait (montrant un homme d’apparence plus jeune que « Pyjama », au visage plus lisse et sans double menton) fût antérieur à 1880. Un double pari difficile à tenir, comme la suite allait le montrer.

Je devais en effet bientôt découvrir une seconde photo, cette fois facilement datable, de notre officier britannique, sanglé dans ce même uniforme galonné au col (un uniforme de colonel) et la poitrine identiquement piquée de deux décorations. Sur ce cliché de groupe, pris aux Indes, le 6 mars 1893, à l’occasion du mariage de sa fille Lilian (dite Lily), Hunter est assis à côté de sa fille et au milieu de nombreux invités (dont un Rajah), sur les marches de l’église où vient de se dérouler la cérémonie. Hunter a donc 49 ans.

Par conséquent, si à 49 ans Hunter parait plus jeune que l’homme au « pyjama » d’Aden, comment supposer (ne serait-ce qu’un instant …comme pourtant le feront nos experts en librairie, dans leur pavé de septembre 2010 intitulé : « histoire d’une photographie ») que l’homme au centre de la photo d’Aden puisse-t- être ce même Hunter … treize ans plus tôt ?

Après la sensationnelle hypothèse de téléportation du docteur Dutrieux de Siout à Aden, en août 1880, serions-nous ici en présence d’une intrigante théorie de voyage dans le temps du capitaine  Hunter ?  Il est vrai que nos amis sont rarement chiches en thèses hardies (car je ne puis croire qu’il s’agisse seulement de noircir des pages pour le plaisir).

Quant à moi, tristement dénué de toutes ces audacieuses qualités imaginatives, je gardai pour moi ma (pseudo)découverte, n’en faisant part, pour sa culture personnelle, qu’à la rédac’cheftaine du site Rimbaud-Mag4, lui demandant expressément de ne rien mettre en ligne sur le sujet. Et, pour faire bon poids, bonne mesure d’officiers « so british », je lui joignai également la photo d’un collègue d’Hunter, au physique voisin, le major Langton Prendergast Walsh… photo qu’on verra apparaître tout uniment, à côté de celle du capitaine Hunter, dans le pavé littéraire de nos amis libraires de septembre 2010. Fichu hasard !

A ce stade, peut-être pensez-vous : « Mais où diable, veut-il en venir ? Insinuerait-il qu’il y ait eu percolation d’information entre « son » Hunter de juin et le récit des libraires de septembre ? »

A ceci, je répondrai de la façon la plus claire : « No ! Nein ! Niet ! Que nenni ! ». Oui, une percolation, une transmission d’information a existé et de façon avérée, mais elle est d’une autre nature !  Il manque en effet au récit, un dernier épisode.

Le voici !

1er juillet 2010 : ce jour-la, un membre, récent mais très actif, du site Rimbaud/ Mag 4, répondant au petit nom de Thalassa, et d’évidence grand connaisseur et amateur de photos et de cartes postales d’Aden, mettait en ligne sur le forum du site le portrait du colonel Hunter. Il avait visiblement suivi le même chemin déductif (un boulevard avouons-le, mais encore fallait-il avoir la curiosité de le parcourir et nous fûmes très peu!), que j’avais emprunté moins de deux semaines plus tôt et était logiquement parvenu sur le même site généalogique britannique, à la même photo du colonel (Trouver H !).

Et bien me croiriez vous (un nouveau caprice du hasard, sans doute, me direz-vous) :   ce même 1er juillet, quelques petites heures seulement après la mise en ligne du portrait de Hunter, le responsable de ce site généalogique recevait un courriel, venu de France, sollicitant des informations sur notre brillant officier (du style : « avez-vous d’autres photos ? »). Je vous laisse le soin de deviner les nom et prénom(s) de ce contact.

Ce n’est pas Jean-Arthur Rimbaud, mais j’avoue que vous brûlez !

Et deux mois plus tard, paraissait dans La revue des deux mondes, sous la plume conjuguée de nos amis libraires, cet article  « Rimbaud, Aden, 1880 - Une photographie », dans lequel, pour la première fois, le capitaine Hunter (généreusement promu « major » avec quelques mois d’avance sur la réalité !) pointait le bout (fort moustachu) de son nez, en plein centre de la photo du « coin de table », juste au-dessus du célèbre « pyjama » à carreaux.

Dans cet article, après avoir résolument défendu la thèse selon laquelle l’homme au costume à carreaux serait l’agent recruteur de Rimbaud à Aden, l’aimable François Dubar (voir épisode précédent), les libraires jouaient tout à coup les hésitants et glissaient subrepticement cette ligne : « Toutefois, les traits de cet homme au costume à larges carreaux présente des points de ressemblance avec un autre militaire : le major (sic) Hunter. Sa présence sur le cliché n’aurait rien d’extraordinaire tout comme le fait qu’il trône au centre », bien obligés quand même de reconnaître que « sa tenue semble assez invraisemblable pour un gradé anglais et le personnage paraît sensiblement plus âgé que l’était Hunter en 1880 ».

Côté invraisemblance, on passera charitablement sur celle consistant à imaginer (là aussi ne serait-ce qu’une seconde), un Rimbaud débarqué de nulle part s’affichant en photo, moins de quinze jours plus tard, aux côtés du n°3 du protectorat !

Et pourtant, toujours en septembre, les libraires remettaient le couvert sur le sujet, dans leur pavé « histoire d’une photographie » (matrice de l’article précédent), et gratifiaient Hunter de plusieurs pages (20 à 23) et d’une annexe spéciale (n° 6), où nos amis, plaçant, côte à côte les portraits de « Pyjama » et du colonel Hunter, s’essayaient, avec une prudence de canidé roux, au jeu des 7 erreurs.

Le jeu des 7 erreurs...

A percolation, percolation et demi.

 

Circeto

 

 

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