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25/05/2011

RIMBAUD A ADEN / LE JEU DES SEPT ERREURS (4):

ERREURS N° 4, N° 5 et N° 6 : Suel, Dubar, Hunter : trois hommes pour un pyjama.

 

"En effet ils furent rois toute une matinée..." : A. Rimbaud

 

 

ERREUR N° 4. Jules Suel 

  

«Il sentit sa main aux mains chargées de bagues… » : A. Rimbaud

 

Suite au travail de recherche effectué par M. Pabst à l’automne 2010, il semblerait aujourd’hui acquis que l’homme en « pyjama » à carreaux, trônant au centre de la photo, soit Jules Suel, le propriétaire de l’hôtel d’Aden, où la photo dite du « coin de table » a été prise.

 

Rappelons que c’était précisément  l’hypothèse avancée (sans conditionnel, cette fois), par J-J Lefrère, le 16 avril 2010, bien avant tout le monde, dans un article paru sur lemonde.fr : «  Autour de lui (Lui !) notamment Jules Suel, en costume à carreaux, propriétaire de l’hôtel de l’Univers ».

 


 

 D’ailleurs, quelques jours plus tôt, dans le magazine Histoire Littéraire,  MM Lefrère et Desse avaient déjà indiqué : « La photographie montre à l’évidence des habitués du lieu, appartenant au premier cercle des relations de Suel dans la ville »? Il était difficile de faire plus « premier cercle » que l’intéressé lui-même !

 

On glosera toujours (laissons les gloseurs gloser et les balourds balourder)  qu’il n’était sans doute pas outrageusement téméraire d’imaginer que le personnage central d’une photo de l’hôtel de l’Univers (issue qui plus était d’un album ayant appartenu au propriétaire du dit hôtel) put être le maître des lieux. Pas téméraire certes ! Mais point pour autant évident, puisque personne ne connaissait alors de portrait de Jules Suel. Félicitons donc M. Lefrère pour cette indéniable avance,  prise à cette période sur ses petits camarades ! 

 

Félicitons le sans retenue, mais étonnons-nous d’autant plus face à ce soudain changement de pied,  qui, moins de deux mois plus tard, lui fit écrire sur les sites internet du Nouvel Obs et de l’Express : « En définitive, seuls deux personnages de la photographie s'obstinent encore à garder pleinement le mystère de leur identité : le barbu de gauche (voir épisode précédent) et Pyjama ». Un brusque anonymat couvrait soudain d’ombre notre patriarche à moustaches.

 

Que s’était-il passé ? Pourquoi retirait-on  à Jules ce pyjama à carreaux XXL et ces babouches qui lui appartenaient ? Quelle pouvait être la clef d’un tel mystère ?

 

Afin de bien comprendre la situation, il est utile de se souvenir, que cet article en date du 5 juin 2010 avait été publié dans l’urgence (voir itou épisode précédent), alors que de nombreuses pièces du puzzle manquaient, et qu’il comportait de ce fait de nombreuses erreurs - rarement de détail. En ce domaine, Jules Suel avait été particulièrement gâté : peu d’informations nouvelles, mais un joyeux concentré d’erreurs et d’approximations biographiques.

 

Déjà, dans l’article d’Histoire Littéraire, publié en avril 2010, après « un travail minutieux de deux années », nos amis - allez savoir pourquoi - avaient déclaré Suel « alsacien ». Et si par chance, dans l’article du 5 juin 2010, Jules retrouvait son identité ardéchoise originelle (« né le 17 mars 1831 à Aubenas »),  une autre imprécision biographique prenait le relais : Jules Suel (apprenait-on) s’était marié « le 19 avril 1882, à Aden ».

 

L’information fournie était  précieuse, rigoureusement exacte, mais par malchance (manque de temps) très incomplète. Elle allait contribuer à perturber la lecture de la photo et être la cause de la bévue commise par nos experts sur l’identification de « Pyjama ». 

 

En effet, forts de cette donnée biographique qu’ils venaient de dénicher, MM Lefrère, Desse et Caussé étaient assez naturellement parvenus  à la conclusion, qu’en août 1880 – date à laquelle selon eux la photo avait été réalisée - Jules Suel était toujours célibataire. Or notre patriarche à cigare, babouches et carreaux n’exhibait-il pas, plein écran, une magnifique bague à l’annulaire gauche ?

 

Patatras, once again !  Contrairement à ce qu’ils avaient affirmé auparavant, Mister Pyjama ne pouvait donc pas être Jules Suel !

 

Et voilà pourquoi, dans l’article du 5 juin, Jules Suel est sauvagement déboulonné de sa place d’honneur et remplacé, au pied levé (le droit ?), par son beauf,  Dubar ;  car lui, chacun sait (depuis Bardey et  Barr-Adjam), qu’il est dûment marié …à Zoé, sœur de Jules.

 

Il faudra bien attendre deux mois supplémentaires - et la recherche généalogique menée en    juillet et août 2010, par Mme C. Magdelenat, et publiée sur son site internet Mag4, pour que nous ayons le fin mot de l’histoire : comme Barbe Bleue (et quelques autres moins célèbres), Jules Suel avait en fait eu plusieurs épouses !

 

Ainsi, apprit-on, qu’à l’époque du fameux cliché,  Jules Suel, était marié, depuis rien moins que 25 ans,  à  une certaine Magdeleine Antoinette Pinet, dont, de toute évidence, nos experts ignoraient l’existence. Il n’était donc pas illogique qu’il portât dignement, au doigt et sur la photo, une respectable alliance !

 

Suite au décès de son épouse, et après un temps de deuil, somme toute légèrement supérieur au minimum syndical, Jules Suel s’était effectivement marié, à Aden, avec Lucie Louise Bénard, en avril 1882, comme l’information en avait bien été donnée - mais il s’agissait là d’un remariage !

 

 Il est, selon moi, deux morales à cette histoire.

 

La première est que, lorsque MM Caussé et Desse publièrent, dans La revue des deux mondes, en septembre 2010, l’article intitulé «  Rimbaud, Aden, 1880, une photographie »  (titre juste,  seulement pour moitié), ils ajoutèrent une courte ligne biographique sur Suel,  « marié une première fois à Lyon en 1854, il se remariera à Aden en 1882 », mais omirent de citer la personne et le site, auxquels ils étaient redevables d’une partie de cette information.

 

Sans doute ne faut-il voir là aucune malice, tout juste une sainte réserve, une douce pudeur. D’ailleurs, nos amis ne concluent-ils pas cet article,  par de vifs et nourris remerciements aux petites mains qui ont contribué à l’œuvre, à « tous ceux dont les noms n’apparaissent pas ici, mais qui savent ce que nous leur devons comme nous le savons nous-mêmes ». On ne pouvait, d’évidence, mieux résumer la situation.

 

La seconde morale me semble plus instructive.

 

Suel a connu, dans cette fable, le triste destin des Bardeys Brothers : un p’tit tour et puis s’en vont. Sauf que Suel a été jeté, à bas de son fauteuil, à tort, pour une bête histoire de biographie embrouillée, mal reconstituée. Une fois ce point de biographie rétabli (dès août 2010 donc), une fois son alliance repassée au doigt, il aurait pu (du ?) resurgir dans son pyjama chamarré, fringuant comme aux premiers jours.  Mais déjà, Dubar l’avait  remplacé à la place d’honneur. De façon tout à fait imprudente certes, mais il était trop tard pour revenir en arrière. Reconsidérer la chose n’aurait pas fait sérieux.  

 

Sérieux ! Vous avez dit sérieux ?

 

 

 

Circeto

 

 

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