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04/04/2011

RIMBAUD A ADEN / LE JEU DES SEPT ERREURS (3)

ERREUR N° 3: L’explorateur Georges Révoil, en barbu de gauche.

 

«…et pressentant violemment Révoil » - (A. Rimbaud)

 

 

Georges Révoil, explorateur photographe, apparaît de façon assez tardive dans la mythologie bâtie par nos experts autour du « coin de table à Aden ». C’est un peu l’ouvrier de la onzième heure de l’histoire. Mais lui, en plus du denier réglementaire, aura droit au veau gras tout entier.

 

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S’il n’apparaît en effet dans la prose de M. Lefrère et des libraires, qu’à partir du 5 juin 2010, quasi concomitamment sur les sites internet de l’Express et du Nouvel Obs, il va vite voler la vedette à ses supposés compagnons de photo et devenir la pierre angulaire de l’édifice, à tel point que le pavé des libraires de septembre 2010 ( histoire d’une photographie ) n’est plus qu’un superbe livre d’images à sa gloire.

 

C’est qu’avec Révoil, nos amis venaient de mettre la main sur un filon iconographique (leur dada) presque sans limite. Le moindre document photographique signé Révoil, ou plus modestement  attribuable au photographe, voire tout bonnement  intitulé « G.Révoil ? » est alors subtilement présenté comme une preuve authentifiant  la présence de Rimbaud sur la photo, selon un ricochet syllogistique quelque peu étonnant, que l’on peut résumer ainsi :

 

Rimbaud était à Aden en août 1880 ;  Révoil faisait des photos à Aden en août 1880 ;  Rimbaud est sur la photo, donc Révoil a pris la photo du « coin de table à Aden ».

 

Ce syllogisme présente l’immense avantage de posséder une doublure élégamment réversible, de forme suivante : Rimbaud était à Aden en août 1880 ;   Révoil faisait des photos à Aden en août 1880 ;  Révoil a pris la photo du « coin de table à Aden » en août 1880, donc Rimbaud est sur la photo.

 

Par ce tour de passe passe logique, on arrive  benoîtement  à une parfaite équivalence des propositions « Révoil prend la photo » et « Rimbaud est sur la photo ». Par conséquent authentifier Révoil revient alors à authentifier Rimbaud ! Etonnant non ?

 

Il faut avouer, qu’en cas d’avis de tempête sévère (style la survenue déprimante du Doc. Dutrieux au premier plan du cliché), une doublure seule ne suffit plus, il faut alors enfiler ciré et sur-bottes, ramener la voilure et s’en tenir à un argumentaire épuré et plus sûr : Rimbaud est sur la photo, donc sur la photo est Rimbaud. Nous en sommes là aujourd’hui.

 

Quand début juin 2010,  nos amis sortent de leur manche la carte Révoil, c’est une carte maîtresse qu’ils abattent et c’est aussi - comprenons le bien - leur dernière carte. Coup de maître oui, mais aussi coup de poker !

 

Souvenons-nous ! A l’époque, le scénario Rimbaud prenait l’eau. Un mois plus tôt, l’identification d’un personnage de la photo : l’explorateur Lucereau, présent du côté d’Aden, exclusivement de septembre 1879 à août 1880, avait soudain rendu très improbable la présence sur cette même photo d’un Rimbaud débarqué à Aden, en août 1880,  à l’extrême toute fin du séjour de Lucereau.

 

Il semblait  assez peu plausible, en effet,  qu’à peine son baluchon posé,  Rimbaud (qui plus est malade) eut pu, en une semaine (au maximum deux), s’intégrer aussi rapidement à la  communauté des français d’Aden, au point de se retrouver accepter au milieu de leur photo de groupe, comme une vieille connaissance.

 

Une présence de Rimbaud sur cliché hautement improbable donc, mais néanmoins pas totalement impossible si l’on parvenait à dater cette photo de ce fichu mois d’août 1880 (une condition nécessaire, à défaut d’être suffisante).

 

Or qui mieux qu’un Georges  Révoil pouvait s’acquitter de cette tâche ? Un Révoil débarquant à Aden, le 7 août 1880, avec tout son matériel photographique, un Révoil rencontrant Lucereau avant le départ de celui-ci pour Zeilah, et surtout un Révoil donnant toutes ces précieuses informations à diverses sociétés de géographie de l’époque - documents aisément  consultables de nos jours, en ligne et en « mode texte », sur le site Gallica de la BNF.

 

On imagine la joie de nos amis à la découverte de toutes ces informations (bamboche autour du poteau de couleurs ; champagne, bocks, tilleuls verts et limonade !) Révoil avait le pouvoir de sauver,  in extremis, l’hypothèse Rimbaud ! Bien entendu, le cliché n’étant pas signé, encore fallait-il  prouver la paternité de l’explorateur photographe ! 

 

C’est là qu’intervint, avec maestria, André Gunthert (voir épisode précédent), véritable angelot tombé du ciel pour les défenseurs de la thèse Rimbaud. Par sa théorie étayée sur le « bougé » des personnages et sa connaissance de l’Histoire du gélatino-bromure d’argent, il sut donner corps et réalité « scientifiques» à ce qui n’était encore qu’un fantôme d’hypothèse.

 

Jean-Jacques Lefrère et les libraires purent ainsi fournir une démonstration à première vue imparable : la photo avait été prise selon le procédé du gélatino-bromure (dixit AG), le gélatino-bromure était une invention nouvelle en août 1880 (plus ou moins dixit AG),  Révoil avait utilisé cette technique, à Aden, en août 1880 (dixit les revues), donc Révoil était l’auteur de la photo (dixit JJL). CQFD.A tel point que certains parlèrent même d’ « authentification ».

 

Authentification peut-être un peu hâtive, car des esprits chagrins auraient pu ironiser qu’il s’agissait là d’une reconstitution des faits quelque peu extrapolée et enjolivée, et que le seul  syllogisme présenté par notre confrérie d’experts, boitait en fait de ses deux jambes, ressemblant  plutôt à ceci : l’utilisation du gélatino bromure d’argent apparaît  au plus tôt en 1884-1885 (dixit vraiment AG) ; Révoil utilise ce procédé à Aden en août 1880 (dixit les revues - d’où contradiction); la photo a été prise selon cette technique (dixit AG),  donc Rimbaud est sur cette photo (dixit JJL). Mais si l’on devait  écouter tous les esprits chagrins…

 

Pour être tout à fait honnête, je dois reconnaître que, parmi les récits imaginés par nos experts j’ai un faible pour le conte Révoil. Mais peut-être est-ce seulement dû au fait que je fus le premier à en avoir composé l’esquisse (pour vous dire à quoi tient un jugement humain !). 

 

C’était, le 4 juin 2010, sur le forum du site Mag4-Rimbaud : je venais de « poster » un des fameux articles de ces revues de géographie, où Révoil évoque sa rencontre adénique avec Lucereau, quand j’ajoutais, à titre de plaisanterie : Au fait, et si Georges Révoil était sur la photo, ça aurait du piquant non ? Ou bien alors, s’il en était l’auteur ? Si… et si … et si … puis je brossais la scène suivante (toute de grâce, d’exotisme et d’émotion contenue) :

Une fois de plus, le soir tombe, par pure maladresse.

 Madame Suel vient de pousser les fauteuils (oui, ceux qui vous mettent les pieds plus hauts que la tête !) sous la véranda. Au loin montent le chant des tamariniers et la plainte des mariniers (ou l’inverse). Un long après-midi se termine, Lucereau  s’étire (à la carabine) :
- « Allez, venez nous rejoindre monsieur Révoil, plus on est d’explorateurs sur la photo plus on sourit ! 
- Non merci, sans façons, je préfère laisser ma place (assise) à ce jeune poète maudit que le monde entier nous envie ! » (Fin de la scène)

 

Je reçus, avec la flopée de modestie qui toujours m’escorte, les félicitations de Jacques Desse - qui en profita pour me demander une quelconque information sur un quelconque courrier de Révoil à une quelconque société de géographie (on a de ces discussions, faut dire !!), puis, délaissant le rimbaldien mythe, vaquais-je, sans plus parler ni penser à rien,  à diverses occupations quotidiennes, comme donner des croquettes à mon chat ou sauver le monde.

 

Le lendemain  paraissait,  sur les chapeaux de roues et les sites internet de L’Express et du Nouvel Obs,  le long article de JJ Lefrère, présentant de façon définitive Révoil comme l’auteur de la photographie dite du « coin de table ». S’il est toujours plaisant de voir une sienne pochade reprise avec tant de sérieux dans de si nobles médias, je me demandais tout de même comment on avait pu prendre pour argent comptant une telle plaisanterie !       

 

Cet article de nos experts en révoileries vaut qu’on s’y arrête : sorti dans la précipitation (allez savoir pourquoi !), il se caractérise par nombre d’erreurs disséminées au fil des lignes et une construction quelque peu confuse. Ce texte indéniablement très riche (trop riche même) apparaît pour ce qu’il est : une somme un peu disparate de données diverses, un cumul d’informations -certaines non encore vérifiées – sans doute collationnées sous forme de notes thématiques et que l’on a visiblement agrégées dans l’urgence. Paru trop tôt cet article manque de toute évidence de « fini ».

 

Parmi les imperfections et erreurs qui s’y cachent  (nous y reviendrons prochainement), deux singularités m’ont toujours interpellé, tant elles me paraissent révélatrices d’une pensée à l’œuvre non totalement aboutie, tant elles me semblent témoigner d’un scénario en construction, non encore débarrassé de ses scories. Je citerai ainsi  la présence « excentrique », au côté de Révoil, d’un second photographe (Edouard Joseph Bidault de Glatigné), et le  rôle « backstage » que l’on fait jouer à Révoil, exclusivement auteur du cliché et non encore passé de l’autre côté du miroir.

 

Deux photographes pour une photo

 

L’identification de deux photographes pour un seul cliché (Révoil, explorateur de passage à Aden avec tout son barda photographique et Bidault de Glatigné, photographe local installé sur site depuis plusieurs années) m’est toujours apparue comme une curiosité, un détail absurde, saugrenu. C’est d’ailleurs en hommage à cette bizarrerie que je concoctai un jour, à l’intention de nos amis, une blague de potache (bien peu méchante, mais qui ne plut qu’à moitié) assurant que cette photo avait été prise à l’occasion d’une réunion du « club photo » d’Aden (thème développé : « le gélatino-bromure d’argent, procédé à côté de la plaque ou révolution ? »).

 

Etait-ce si bête ? Oui, sans doute ! Mais aussi comment expliquer cette étrange et soudaine floraison de photographes, ce soir-la, à la buvette de l’hôtel de l’Univers (propriétaire Jules Suel) : génération spontanée, colloque international, escale délocalisée du Paris-Dakar, nuée de paparazzi autour du (peu) célèbre poète ? 

 

Non, l’explication est évidemment plus simple : ces deux photographes représentent deux avatars successifs d’un même personnage : l’auteur du cliché !

 

Dans les divers scenarii que nos amis ont imaginés, Bidault de Glatigné est sans doute apparu assez tôt comme un auteur très plausible de la photographie du « coin de table d’Aden ». Jugez  plutôt ! Bidault de Glatigné était un photographe professionnel local (il n’y en avait pas tant,  à Aden, à l’époque : 3 ou 4 maximum), célèbre au-delà de sa rue, et que nous connaissons  aujourd’hui pour avoir été hébergé, en 1888, par Rimbaud. Autant dire que ce photographe avait tout pour plaire, d’autant qu’on pouvait logiquement penser, en mars et avril 2010, que ce cliché datait d’une époque assez tardive du séjour de Rimbaud,  par exemple 1885 ou 1886, périodes au cours desquelles Rimbaud  résida quelques semaines, à l’hôtel de l’Univers. 

 

Excellents limiers, nos amis remontèrent la piste Bidault de Glatigné, jusqu’à l’un de ses descendants et entrèrent ainsi en possession d’un portrait d’Edouard Joseph (le représentant moustachu aux fines lèvres, plutôt jeune) et d’un portrait de son épouse (pris pas mal d’années plus tard). Si, comme tout un chacun face au portrait du mari, ils durent fichtrement hésiter à  reconnaître ce visage dans l’un des personnages représentés sur la photo d’Aden, le portrait de la femme leur convint beaucoup mieux. 

 

Ils virent des similitudes (regard avenant, mâchoire mutine, petit nez, grande oreille et chignon) avec la femme assise à droite et en déduisirent ( ?)  que son mari devait être le grand moustachu débout, lippu et rigolard, dont l’œil semble friser vers cette femme (à moins que ce ne soit vers quelque autre personne hors-champ). Et tant pis si trouver une quelconque ressemblance entre les deux hommes parait surtout relever de la gageure, de la foi du charbonnier ou d’un dangereux défaut de lunettes. Et basta s’il semblait plus logique que, pour composer son groupe, le photographe plaçât mari et femme côte à côte.  

 

Tranquillement  les diverses pièces du puzzle se mettaient en place : on tenait le photographe (Bidault de Glatigné), la femme (son épouse), Riès … quand, badaboum, l’identification de Lucereau obligea à reconsidérer tout le sujet. Mais, chez l’âme bien née, l’adversité fait naître des forces nouvelles et, dans l’esprit de nos chercheurs, Révoil supplanta irrésistiblement Bidault de Glatigné comme auteur putatif du cliché.Et là où d’autres se seraient, sans scrupules, débarrassés de l’ancienne gloire, devenue  inutile,  ils gardèrent Bidault de G. dans un digne rôle de figurant.

 

Disons-le avec tendresse : nos amis sont plutôt du genre conservateur (je pourrais écrire collectionneur).  Plus que d’autres, ils connaissent la valeur des choses. Ils savent (par passion, par métier) que rien n’est jamais à jeter (sauf à y être absolument contraint par les faits- cf les Bardey Brothers), et qu’un trésor se niche dans les plus humbles recoins. Aussi Révoil détrôna –t-il Bidault de Glatigné sans pour autant le faire disparaître. Et tant pis pour l’invraisemblance de ces deux photographes réunis pour un seul cliché ; ce genre de rationalisme étroit doit d’ailleurs paraître, à nos amis, quelque peu surfait, voire un peu triste. 

 

Un Révoil résolument évolutif 

 

La seconde singularité, qui prouve que ce 5 juin 2010, le scénario Révoil était loin d’être abouti  (3  mois allaient encore être nécessaires pour combler les vides, masquer les manques les plus évidents), tient dans le rôle a minima qui lui est alors accordé: celui de simple presseur de déclencheur : un bien piètre rôle, somme toute,  pour un explorateur nettement  plus connu que le Lulu qui parade en haut de la photo. Ce casting m’avait interpellé à l’époque car j’imaginais difficilement Révoil rester caché derrière son appareil, ça ne me paraissait pas cadrer avec l’esprit d’une telle photo de groupe.

 

D’évidence ce cliché n’était pas une de ces photos habituelles de Révoil (comme on peut en voir au musée du quai Branly) : photos ethnographiques représentant des indigènes et des paysages, photos d’étude et de témoignage. Par  son cadrage resserré, sans goût du pittoresque ni objet pédagogique, elle m’apparaissait être une photo « souvenir » réunissant des connaissances, voire des amis. Par conséquent, si Révoil en était bien l’auteur, il me semblait cohérent qu’il fût aussi sur le cliché, parmi ses compagnons d’ « exil ». D’autant qu’il n’y a en ceci aucun exploit technique : pour être portraituré, il suffit au portraitiste de régler soigneusement le cadre, puis de laisser sa place à un « aide » qui appuiera sur le déclencheur.

 

Alors, pourquoi, dans l’article, nos experts n’envisageaient-ils pas que Révoil puisse- t -  être au milieu du groupe ? 

 

Pourtant, ils avaient dû - ne serait-ce que par acquis de conscience - chercher son visage sur le cliché, d’autant que le trouver eut apporté la preuve - définitive  - que cette photo datait d’août 1880 (et que Rimbaud etc…) ! Il était donc clair qu’ils n’avaient reconnu Révoil dans aucun des personnages photographiés - et surtout pas dans ce barbu assis à gauche, qui leur restait, ce 5 juin 2010, (comme il était précisé dans l’article), pleinement inconnu : « En définitive, seuls deux personnages de la photographie s'obstinent encore à garder pleinement le mystère de leur identité : le barbu de gauche et Pyjama ».

 

C’est qu’à cette date, nos experts n’avaient pas eu le temps de conduire de recherches sur les portraits photographiques de Révoil. Ils ne connaissaient de lui - comme tout un chacun s’intéressant au sujet - que les deux ou trois gravures agrémentant ses livres de voyages et facilement accessibles sur le net, qui le montraient, en simple moustache, résolument  IMBERBE.

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Quand on sait qu’il ne faudra, suite à la parution de cet article, que quelques jours à M. Jérémie Sibertin-Blanc, pour dégotter dans le dictionnaire des explorateurs de Numa Broc, la première photo d’un Révoil barbu ressemblant au barbu de gauche de la photo (de façon sinon  évidente du moins acceptable), on comprend combien la sortie de l’article du 5 juin a dû être précipitée.

 

La réaction de nos amis à cette photo est d’ailleurs amusante, on sent une légère gêne : il est vrai que la ressemblance n’était pas parfaite (cf nez, calvitie) et puis c’était quand même avouer que leur recherche iconographique sur le sujet laissait un peu à désirer, puisqu’un quidam (certes descendant des Lucereau par la branche puînée) pouvait aussi rapidement mettre la main, dans la première bibliothèque (nationale) venue, sur une photo de Révoil qu’ils ignoraient. Pas de triomphalisme donc, un article sobre, prudent, presque distancié, ne fermant aucune issue et invitant implicitement le lecteur à juger lui-même de la qualité de cet apport.

 

La suite sembla indiquer, que pour nos experts, cette photo de Révoil, ne pouvait à elle seule emporter la conviction, puisque quand ils abordèrent de nouveau ce thème, en septembre 2010 in La revue des 2 mondes, ils « adossèrent » la photo du plutôt  jeune, brun et fringuant Révoil de 1881, par une nouvelle photo, datée de 1883, montrant un Révoil « poussiéreux » terriblement changé, physiquement usé, au crâne dégarni, aux traits fatigués, au regard las. Mieux, ils proposèrent sous forme d’un habile triptyque, ces deux photos de Révoil encadrant notre fameux « barbu de gauche » (aujourd’hui aussi célèbre que l’étaient, en leur temps, les duettistes Karl et Friedrich).

 

Ce montage est en effet saisissant : si aucun des portraits de Révoil pris individuellement ne « colle » vraiment au barbu de la photo (certes tous ont bien du poil au menton mais la calvitie - partielle ou totale - n’est pas du tout la même), le coup d’œil du lecteur qui balaie de gauche à droite ces trois portraits bien alignés (du bon usage du portrait inversé) semble contempler un même individu pris à trois âges successifs de sa vie. De là à déduire qu’il s’agit de la même personne, le saut est vite fait (consciemment ou inconsciemment).

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Ce n’est qu’en vérifiant les dates des 3 portraits que l’on prend conscience de son erreur : la photo d’Aden (1879 ou 1880) est antérieure aux deux photos de Révoil (1881 et 1883) ; l’ordre de présentation des 3 photos aurait dû respecter la chronologie. Changeons donc l’ordre de la série: ripons notre barbu (1879, 1880) vers la gauche, glissons au centre du triptyque le « jeune » Révoil (1881), notre œil ne perçoit plus qu’une suite éclatée de portraits, sans progression logique.

 

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L’incohérence se niche en ceci que le barbu de 1879-1880 ressemble plus au Révoil de 1883 qu’il ne ressemble au Révoil de 1881. Curieux saute-mouton temporel, non ?

 

Or si l’on examine plus précisément ce qui unit, par dessus les années, le barbu de la photo au Révoil de 1883, c’est ce même regard las, cet air commun de profonde fatigue, ce visage d’homme usé, creusé à l’identique. Dutrieux était malade quand il arriva à Aden, à la toute fin du mois d’octobre 1879. Et certains voudraient nous convaincre que le « barbu de gauche », dans son veston, deux fois trop vaste pour lui, respire la santé ? 

 

Regardez-bien, même son teint est jaune !  

 

 

Circeto

Commentaires

Incisamment éperdu.
Dans quelques couplets, il sera enfin temps de passer.
" Mais plus alors "

Écrit par : d'ashby | 05/04/2011

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