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10/02/2011

RIMBAUD A ADEN / PAROLES D’EXPERTS n° 1 : BARDEY ET LA PETITE LAINE

 

« Ecoutez donc les bienvenus semer les choses printanières » (A. Rimbaud)

Depuis que M. Bienvenu tente de faire passer dans différents médias sa récente identification du docteur Dutrieux, comme personnage clef de la photo dite du « coin de table à Aden », personnage clef puisque permettant de dater cette photo de la première quinzaine de novembre 1879, et par là même d’en exclure tout poète symboliste, M. Lefrère et ses amis libraires multiplient les articulets ironiques, se gaussant de ce « spécialiste de Rimbaud » (on appréciera tout le sel de ces guillemets) qui « tente de gagner ses galons sans avoir publié un seul livre sur le sujet ».


Selon l’humeur, la révélation apportée par M. Bienvenu est qualifiée  d’ « éphémère remous», « d’hypothèse sur une hypothèse », quand ce n’est pas de « pure et simple désinformation », « comme les précédentes » pseudo révélations de « cet auteur ». Une précision est même apportée, censée montrer sinon la noirceur du personnage, du moins le peu de fiabilité scientifique de ses hypothèses : « Il y a quelques mois, M. Bienvenu proclamait que le premier barbu apparaissant sur la photo était Alfred Bardey, l’employeur de Rimbaud ; il soutient aujourd’hui avec la même certitude que c’est un certain docteur Dutrieux ». Et toc !

 Ami de toujours des animaux, particulièrement des canidés chassant en meute, et ne dédaignant jamais ajouter mon propre chuintement à celui de la harde, je vais vous relater par le menu, quelques croquignolesques épisodes de coulisses, venant étayer les propos de nos charitables amis, qui comme tous vrais experts expertissimes, ne se sont, eux, jamais trompés.

Si Paul Claudel eut la révélation divine derrière le second pilier de la cathédrale Notre-Dame de Paris, c’est à la page n° XX de Barr Adjam (livre de souvenirs d’Alfred Bardey), que Jacques Bienvenu rencontra sa sainte inspiration. D’autres ont bien leurs courtes extases en fouillant de vieilles malles, ou en triturant des phrases : la passion est une chose humaine des plus mystérieuses !

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Sur cette page, bénite entre toutes, Alfred Bardey racontait son arrivée en mai 1880, au Grand hôtel de l’Univers d’Aden, en compagnie de son second : Dubar. Il évoquait aussi, sous une forme très imagée, leur rencontre dans ce même hôtel (celui de la photo rappelons-le) avec deux de ses résidents : un jeune explorateur, un peu chien fou : Henri Lucereau (qui mettait en joue, de ses deux mains pointées, et avec beaucoup de réalisme, un adversaire imaginaire) et un ancien militaire ayant pas mal traîné son chalumeau et ses rangers sur le secteur : D. Pinchard.

Comme la scène primordiale freudienne, cette vision avait tellement impressionné  Bienvenu, qu’il eut l’idée de faire vérifier par son compère en recherche exégétique D. Ducoffre, si l’un des personnages décrits par Bardey ne pouvait pas apparaître sur la photo « du coin de table ». Et là Bingo ! Telle Vénus sortant de l’eau,  Lucereau se dressa soudain, droit dans ses bottes, la moustache au vent.

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Alors, comme un enfant ou un écrivain croit, dur comme pierre, à la magie des mots,  fort de ce succès indéniable, il pensa avoir trouvé, là, la martingale parfaite, celle qui répondrait à toutes les énigmes que recélait la photo.  Le barbu de gauche serait Alfred Bardey (le même nez !), M. Pyjama serait Pinchard, celui que les autochtones appelaient « Abou Kirch », l’ « homme au gros ventre » (sa bedaine témoignait pour lui, mieux qu’un cordon de gendarmes assermentés).

Quant à l’époque à laquelle avait été prise la photo, c’était indéniablement le mois de Mai, il suffisait au demeurant de regarder la petite laine que portait Bardey, pour sentir souffler sur sa propre épaule le petit vent coulis si caractéristique de ces frimas printaniers.

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On avait beau argumenter avec le professeur (que j’aime appeler Izambard, allez savoir pourquoi), lui prouver le petit guide « FM. Hunter » en mains  («an account of the british settlement of Aden in Arabia »)  que le mois de Mai à Aden n’avait rien à envier au mois d’Août, en matière de canicule, il n’en démordait pas.  Barr Adjam était le talisman ultime, la loi de la vérité vraie et Alfred en était son prophète !

De même, combien de fois ne nous ont-t-ils pas seriné, lui et DéDé, que  Lucereau n’avait pu rester à Aden au-delà du 7 août ;  c’était totalement impossible, il était trop impatient de repartir etc…Il suffisait d’après eux d’étudier les horaires des caravanes et la vitesse de pointe du shamal (ou autres choses absconses et tout autant voisines). Et puis voilà que Révoil (à qui on n’avait pourtant rien demandé celui la – il n’avait donc rien de mieux à faire ? )- écrit à toutes les revues géographiques et scientifiques de France et de Navarre qu’il a rencontré Lucereau à Aden, résolument après le 7 août, date de son arrivée à la nage !

Patatras, la belle machine de guerre Barr Adjamienne se révélait soudain n’être qu’une simple pétoire à un coup !

Et pourtant, et pourtant !   M. Bienvenu, s’est bien rattrapé depuis, identifiant le docteur Dutrieux, comme il avait auparavant identifié l’explorateur Lucereau.

Si l’on oublie aimablement cet effarement passager de 5 à 7 mois, cette mauvaise foi têtue surtout, qui nous a souvent irrités, quand on sentait cet homme intelligent ainsi embourbé dans son ornière,  (mais qui peut se targuer de ne pas avoir aussi, un jour, cédé à ce type d’illusions et de facilités ?), on doit reconnaître que son sens de l’observation ne lui a finalement pas trop fait défaut.

Certes il ne fera jamais froid à Aden, du moins pour toute personne en bonne forme et normalement constituée, mais par contre, il est un fait que la température y baisse de quelques degrés en novembre, décembre et janvier et qu’il est infiniment plus vraisemblable de trouver un Dutrieux malade, de retour d’Afrique centrale, portant une petite laine, en novembre 1879, qu’un Révoil bien portant, qui plus est venant d’Europe, en plein mois d’août 1880.    

Se tromper n’est en rien condamnable ni en rien risible, c’est même le lot de tous les chercheurs. Je préfèrerai toujours un homme qui se trompe et sait reconnaître ses erreurs (Bienvenu le fera-t-il ?), que d’hypothétiques chercheurs (ils n’existent pas), seulement soucieux de donner d’eux et de leurs travaux une image parfaite et lisse, les conduisant à préférer à la stricte recherche de la vérité, leur amour-propre et leur confort. Amen.

 Circeto

 

 

Commentaires

La stricte vérité c'est que tu es comme tous ceux-là et que tu essaies de te caser, de bien présenter tu comprends, c'est important de bien présenter.
Que ce soit auprès de bienvenu ou bien d'un autre.

Ah le présentoir !

Ceci dit tu seras bien aimable de ne pas user de certains procédés et autres façons de faire qui ne relèvent pas de ton originalité propre, ça te rapetisse encore davantage.

Le amen est ridicule.
Bye bye toto.

Efface moi vite, qu'on ne me trouve pas.
Chut

Écrit par : d'ashby | 11/02/2011

mon cher rimbour 1, je t'adore !

sois certain que ta sollicitude me touche (je sais lire entre les lignes), tant de fidélité dans le suivi m'honore

tu es un remarquable directeur de conscience, mais j'ai je t'assure que j'ai tout autant besoin d'un bon directeur artistique !

bien entendu que tt ceci n'est pas la vie (la vie est absente), juste quelques vaguelettes et beaucoup de perte de temps.

laisse la bête se vautrer dans sa bauge, elle en sortira bien un jour...

bien entendu que je ne vais pas supprimer d'un bête clic ce superbe commentaire auquel je n'aurais pas grand chose à ajouter ni à retirer.

les idoles sont faites pour être renversées (les rimbaud, les toto et les autres), c'est ainsi qu'on grandit

amicalement

Toto

(amen ?)

Écrit par : circeto | 11/02/2011

Tu as beaucoup progressé Toto, j'aurai une ultime remarque :
Evite de trop te répéter, on peut ainsi voir de quoi tu es fier.

Mets-y du foin dans cette basse-cour d'experts en coquecigrues et autres billevesées et autres spécialistes du gratte-moi-là :

Remue-moi tout ça savamment !
La dialectique, la rhétorique, l'éristique et toute la clique !

Comme qui dirait, moi j'ai mon fémur.

Amenons.

Écrit par : d'ashby | 11/02/2011

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