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09/02/2011

RIMBAUD A ADEN ? / VIE ET OEUVRE EXTRAORDINAIRES DU DOCTEUR DUTRIEUX

 

 

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Pierre-Joseph DUTRIEUX est né à Tournai le 19 juillet 1848 et mort à Paris, le 30 janvier 1889. Il est enterré au cimetière Sud de Tournai, carré 7, concession 407 (avec sculpture). Ainsi, nos vies, plus tard, seront-elles résumées !

 


Elève brillant, Pierre-Joseph DUTRIEUX  fait des études de médecine. Diplômé de Gand, en 1872, avec grande distinction et ruban d’honneur, il s’engage dans l’armée belge, comme médecin militaire, mais, rétif à la discipline, démissionne de ce poste dès l’année suivante. Il se spécialise ensuite dans l’ophtalmologie (études complémentaires menées à Paris), pour devenir oculiste.

Passionné par les horizons lointains et spécialement l’Afrique, il part aussitôt exercer en Egypte, muni de lettres le recommandant auprès du khédive. Il y sera successivement professeur honoraire à l’école de médecine du Caire et médecin chef de l’hôpital gouvernemental d’Alexandrie.

 

Le Docteur DUTRIEUX fait partie de ces hommes typiques du XIXème siècle, pour qui la science et le savoir font progresser l’Humanité, pour qui la colonisation est une main tendue par la civilisation à des contrées et des peuples moins avancés ou moins chanceux. Ces hommes visionnaires, et par chance pragmatiques, étaient ainsi convaincus que les échanges (aussi bien l’échange de savoirs, que celui des denrées commerciales), conduisaient nécessairement à des avancées concrètes, bénéfiques à tous. De tels êtres humains ne conçoivent en effet l’intérêt personnel et l’action individuelle, que si celles-ci s’inscrivent dans une perspective collective plus large : celle du bien, du progrès commun.

 

Ainsi le docteur PJ Dutrieux sera-t-il, sa vie durant, membre et correspondant de nombreuses sociétés scientifiques et philanthropiques : société de géographie commerciale de Paris, société de médecine pratique de Paris, association internationale africaine, société anti-esclavagiste...

 

Quelques années seulement après son arrivée en Egypte, le docteur Dutrieux lorgne en fait déjà vers de nouveaux horizons.

Il se passionne ainsi pour la première expédition belge, envoyée par le roi Léopold II, en Afrique centrale, et qui partie de Zanzibar, en décembre 1877, doit tracer une voie commerciale vers les grands lacs. Cette expédition composée de quatre européens : deux officiers Crespel et Cambier, un géographe Marno, un docteur Maes, connaît malheureusement un destin tragique : Crespel et Maes meurent dès janvier 1878, le premier de malaria, l’autre victime d’une insolation, tandis que Marno tourne bride. Cambier se retrouve ainsi seul européen. Le gouvernement belge cherche une équipe de secours, notamment un militaire et un médecin.

Dutrieux, cédant à son esprit d’aventure et estimant qu’on a toujours besoin d’un bon oculiste pour regarder l’Afrique au fond des cieux, se porte aussitôt volontaire et accompagné du lieutenant Wauthier, part pour Zanzibar. Mais la malchance et les petites bêtes continuent de s’acharner sur l’équipe belge, et en décembre 1878, Wauthier meurt de dysenterie, dans les bras de Dutrieux.

En hâte, une nouvelle équipe va être constituée composée de Popelin, Van den Heuvel, Dutalis : ce sera la seconde expédition belge, qui connaîtra, elle aussi, son lot de désillusions et de morts.

 

Pendant ce temps, Cambier et Dutrieux, dont les caravanes se sont enfin rejointes, parviennent, au printemps 1879, à Tabora, mais

Dutrieux est à son tour, victime de la malaria et doit abandonner l’expédition, laissant Cambier partir « seul » (comme il est dit dans les bons récits : porteurs et autres guides comptant de toute évidence pour du beurre !) vers Karema et le lac Tanganika.

Dutrieux de son côté, épuisé, regagne Bagamoyo, puis Zanzibar. Sur le chemin du retour, il croisera les membres de la seconde expédition belge, dont le lieutenant Oswald Dutalis, récemment tombé malade et devant, lui aussi, repartir pour l’Europe.

Dutrieux quittera fin octobre Zanzibar pour Aden, où il restera une quinzaine de jours, le temps de se refaire une petite santé et de rencontrer un bouillant explorateur français, nommé Henri Lucereau, sur « un coin de table » très photogénique.

 

A cette date, Henri Lucereau, tout juste de retour de Zeilah (de l’autre côté de la Mer Rouge), vient d’essuyer quelques menues et premières vexations de la part de l’émir du coin, l’émir Abou Beker, esclavagiste de haut vol et de bonne tenue.

On imagine aisément que Dutrieux, correspondant de la société anti-esclavagiste de Londres, trouvera auprès de son jeune confrère en exploration, quelques saines indignations à partager et il nous est agréable de penser, qu’à ces occasions, sous la véranda du Grand hôtel de l’univers d’Aden, leur hôte, Jules Suel, ci-devant franc-maçon, aimait parfois ajouter quelques siens couplets à l'antienne.

 

Si nous connaissons aujourd'hui de façon précise l'époque de cette rencontre entre les deux explorateurs (de cette rencontre unique faut-il préciser !) c'est que Dutrieux en a laissé une trace écrite, consultable par tout un chacun, sur le site Gallica de la BNF : site de la BNF

Il s'agit de la transcription, dans le bulletin de la société de géographie commerciale de Paris de 1881 (Tome 3, pages 193 et 194), d'une lettre adressée à un journal égyptien, par le docteur Dutrieux, le 18 février 1881, quelques mois après l'assassinat de Lucereau. Cette lettre se voulait une réponse sans concession à un article publié quelques jours plus tôt par ce journal, au sujet de la mort de Lucereau.

 

Dans cette lettre, Dutrieux se rappelait non sans émotion sa rencontre avec Lucereau, insistant sur les qualités de coeur de celui-ci, leur sensibilité commune anti-esclavagiste et sa conviction que l'explorateur avait non pas été coupable d'imprudence (opinion émise par plusieurs européens ayant fréquenté Lucereau, dont Bardey !), mais victime de la seule vindicte de l'émir- trafiquant d'esclaves Abou Beker.On peut y lire : "j'ai passé 15 jours à Aden, avec M. Lucereau en novembre 1879, au moment où je revenais mourant ...la confraternité qui unit tous les voyageurs africains m'attira les sympathies de M. Lucereau...j'en ai gardé un souvenir reconnaissant et je me dois à moi-même de rendre hommage à la mémoire de l'infortuné voyageur...".

 

Lettre impeccable qui démontre de façon définitive qu'une photo réunissant à Aden, les deux explorateurs, ne peut avoir été prise qu'au cours de leur seule rencontre, en novembre 1879, mois au cours duquel un certain Arthur Rimbaud se gobergeait en France, à mille lieues d'Aden, inconscient, le malheureux,  des tourments qu'il infligerait ainsi, 130 ans plus tard à ses meilleurs exégètes et plus parfaits biographes.

 

Mais les meilleures rencontres ont une fin, et Dutrieux, après une escale au Caire, le 18 novembre, regagne ensuite l’Europe et la Belgique, où il arrive fin novembre.

 

Le docteur Dutrieux, auréolé de sa gloire d’explorateur, sera alors invité, par différentes sociétés de géographie : on le retrouve ainsi en Italie vers le 20 janvier 1880, donnant une conférence à Milan, puis, le 5 février, à Paris, devant la première section de la société de géographie commerciale, et en mars intervenant devant l’Union syndicale de Bruxelles pour une conférence intitulée : « la question africaine au point de vue commercial ». Au printemps, il voyagera encore un peu en Europe, avant de regagner Mons (où habite sa famille), pour se consacrer à la rédaction définitive d’un ouvrage, fruit de son expérience africaine : « contribution à l’études des maladies et de l’acclimatation des européens de l’Afrique intertropicale ».

 

Mais il a déjà hâte de repartir vers l’Egypte, d’autant qu’on lui propose à la fin du printemps un intéressant (du moins le croit-il alors) poste de secrétaire au sein du Service de lutte contre l’esclavage que le gouvernement égyptien (à la demande du gouvernement britannique) vient de confier, en avril, au comte della Sala.

Dutrieux arrive ainsi au Caire, vers fin juin 1880 ; il y restera en compagnie du colonel Sala jusqu’à fin juillet, organisant le nouveau service et préparant les premières actions concrètes de lutte contre le trafic d’esclaves transitant par Khartoum et la Haute Egypte. Ce service sera, pour cette raison pratique, basé à Siout (Assiout), à 320 kilomètres au sud du Caire.

 

C’est là que Dutrieux résidera en août 1880, et non à la terrasse de l’hôtel de l’Univers d’Aden, comme certains experts semblaient, il y a peu, benoîtement le croire.

 

C’est ce qu’indique clairement, dans un article destiné au « Frankfurter Allgemein » un chercheur allemand : M. Pabst, qui, il y a quelques jours, a mis la main sur une lettre du docteur Dutrieux , écrite à Siout, en date du 16 août 1880. Pour l’ironie de l’histoire, nous noterons que le 16 août est précisément la date d’embauche d’un certain A. Rimbaud à la factorerie Bardey. Je suggère à nos amis experts rimbaldissimes, spécialistes en scénarii évolutifs, l’hypothèse d’une télétransportation, ce jour la, de la véranda du bon père Suel d’Aden à Siout ! Ce n’est en effet à peine moins vraisemblableque d’autres affirmations de même tonneau avancées ces dernières semaines ou ces derniers mois.

 

En septembre 1880, le comte della Sala, conduira ses troupes jusqu’à Assouan, extrémité Sud du territoire dont il a la charge. Il sera dit que cette mission connut un grand succès mais il est vite clair pour beaucoup, et notamment pour Dutrieux, que ce service de lutte contre l’esclavage n’est pas doté de moyens assez puissants et a un champ d’action géographique trop restreint. Après une discussion orageuse avec le comte, Dutrieux quittera cette mission à la fin de l’automne 1880, décidant de se consacrer, enfin pleinement, à son vrai métier : celui de médecin oculiste, qu’il exercera ainsi plusieurs années à l’hôpital européen d’Alexandrie.

En 1882, pour signalés services, le khédive lui accordera la dignité de Bey.

 

Le docteur Pierre-Jospeh Dutrieux, que nous appellerons dorénavant respectueusement « Dutrieux-Bey », comme il est inscrit sur sa tombe à Tournai, restera encore près de 3 ans en Egypte (essentiellement à Alexandrie), étudiant notamment l’épidémie de choléra qui touche le nord de Egypte en 1883, et dont il fera un livre «  Le choléra dans la Basse -Egypte, en 1883, relation d'une exploration médicale dans le delta du Nil pendant l'épidémie cholérique ». Une publication qui vient s’ajouter aux nombreux ouvrages médicaux ou non, qu’il avait déjà rédigé, sur l’Egypte, par le passé : « Sur l’ophtalmie appelée communément ophtalmie d’Egypte », «Réflexions sur l’épizootie chevaline au Caire en 1876 », « la question judiciaire en Egypte ».

 

En 1885, le docteur Dutrieux-Bey, retournera définitivement en Europe, pour installer son cabinet à Paris, et y trouver (en 1888) épouse (une Tournaisienne en fait).

 

Ainsi, jusqu’à sa mort, en janvier 1889, il exercera sa spécialité, dans le 9 ème arrondissement, au 63 de la rue du faubourg Saint-Denis (où il recevait de midi à 2 h et le matin sur rendez-vous), et au 9 boulevard poissonnière (de 3h à 6h).

 

 

 

Circeto

 

NB : pour ceux qui ont lu attentivement l’article (ça se mérite !), une piste est peut-être donnée vers une nouvelle identification d’un personnage de la photo du "coin de table à Aden".

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