Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/01/2011

RIMBAUD A ADEN ? / DOCTEUR DUTRIEUX, THE ETERNEL RETOUR (sur site)

Dans le dernier (but not least) texte des libraires, une phrase est à retenir : « La ressemblance entre Dutrieux et le barbu d’Aden (sic) paraît nette, elle a surtout frappé ceux qui militent contre la présence de Rimbaud ».

Une phrase intéressante à plus d’un titre...


La ressemblance entre le docteur Dutrieux et notre barbu de la photo paraît donc « nette », enfin !

On doit reconnaître qu’au départ cette « ressemblance nette » avait, en effet,  assez peu « frappé » (allez savoir pourquoi ?), les tenants du scénario « Rimbaud », comme en témoignent leurs différentes réactions à chaud : « Il (M. Bienvenu) croit identifier », « le temps pour ce dernier (le docteur Dutrieux) de se faire greffer une nouvelle oreille », «  on se lasse quelque peu à discuter ces ressemblances de barbus, d’autant qu’il est probable que dans trois mois, un nouveau candidat à la pilosité développée remplacera probablement celui d’aujourd’hui », « comme les précédents, ce scoop est une pure et simple désinformation »).  

 

Fichtre, quelle évolution ! Il faut avouer que le déni de réalité n’était plus guère tenable.  

 

On notera en souriant que si le tenant de l’hypothèse « Rimbaud » est forcément un « expert », à l’opposé celui qui doute de la véracité de ce scénario ne peut-être qu’un « militant » (qu’on se représentera un peu bas de plafond, vaguement éberlué, sinon totalement illuminé …ou spécialiste de Michael Jackson). Comme l’écrivait, tout récemment et avec beaucoup de fraîcheur, l’un de ces experts, M. Lefrère : « La photographie de Rimbaud à Aden empêche de dormir, depuis des mois, quelques personnages acharnés à prouver que l’ancien poète ne figure pas dessus ». Chut ! Rendormez-vous, braves gens ! Vous êtes en de bonnes mains, on s'occupe de tout !

La ressemblance entre le docteur Dutrieux et le barbu est donc « nette ».

Comme cet aveu à dû être difficile à faire ! On sent bien, dans le texte, toutes les questions tactiques (car il ne s’agit malheureusement plus que de cela !) que nos amis se sont posées : défendre mordicus le dernier scénario, avec un fauteuil pour le seul Révoil ou bien le lui faire partager ? Introduire la surprise Dutrieux dans le scénario sans trop faire bouger les lignes ? Il fallait surtout parer au plus pressé, ne pas rester figé, muet, redevenir mobile, même trop, même mal. On aperçoit toutes ces valses-hésitations de la pensée, tous ces repentirs dans l’aveu.

Il en est même des comiques ! Récompensons-les selon leur mérite !

A l’unanimité du jury hilare, la palme d’or (nous connaissons son petit nom) est décernée aux « bésicles » du bon docteur : « une invraisemblance : où est passé le pince-nez ? Pourquoi l’aurait-il retiré ici et pourquoi ne le voit-on nulle part, par exemple entre ses doigts (alors que l’on distingue très bien la chaîne de montre ». Sic, resic et reresic. « Pincez »-moi je rêve ! De l’humour au 36ème degré (comme il en est des dessous) ?!

Le prix d’interprétation masculine a été attribué, également, au docteur  Dutrieux (qui rafle donc la mise !) pour son interprétation très originale en "docteur au portrait inversé du mauvais côté". Sans nul doute, un rôle de composition !

Ecoutons le bonimenteur qui a remis ce prix au lauréat: « Regardez bien ! Le portrait ressemble trop à notre barbu ? Eh bien, accrochez-vous, je vais permuter les profils ! Hop ! Et maintenant ? Ah, Encore trop ressemblant ? Et là, la tête en bas ? En négatif alors ? Avec des ray-bans ? Un nez rouge ? Des oreilles de Mickey ? ». Généreusement, nous tairons le portrait de Révoil de 1881, toujours présenté par nos amis libraires, lui aussi en position « inversée » - mais cette fois inversée du "bon côté", sans que ceci ne soit plus, depuis longtemps, signalé dans le texte.

 

Sans surprise, le grand prix du scénario ne pouvait échapper au film « Dutrieux - le retour (sur site) », visible en salle exclusivement du 7 au 20 août (1880). Ne le ratez pas, il vaut le détour !

Jetons un coup d’œil au synopsis : « car ce Dutrieux, comme on l’a appris pour Lucereau, a tout à fait pu séjourner à Aden en août 1880 », « si l’on admettait par hypothèse que le barbu soit Dutrieux ...» (par hypothèse !), « ...cela ne changerait pas grand-chose » (parole d’expert !); « donc rien d’extraordinaire à ce que Dutrieux se soit rendu alors à Aden »,  « un passage de Dutrieux à Aden au mois d’août 1880 n’a rien d’impossible à priori ».

« Aux Dutrieux rien d’impossible » est d’ailleurs une célèbre devise tournaisienne ! 

N’est-ce pas merveilleux ? Une vraie bouffée d’optimisme pour nous tous, pauvres humains : la certitude est faite qu’il existe une vie après la mort, même après la mort des scénarii les mieux dessoudés. Nous sommes entrés dans la croyance, celle qui nous permet de vivre et d’espérer, celle qui ne réclame plus aucune preuve !

Jamais nos amis experts ne proposent de nous fournir quelque preuve de ce qu’ils avancent (bien imprudemment). Les preuves ce doit être bon pour les autres, les non-experts, les « militants ».

Or, les seuls éléments de preuves que nous ayons sont :

  1. le docteur Dutrieux a rencontré, en novembre 1879, Lucereau,
  2. Révoil a rencontré Lucereau en août 1880.

Nous ne sortirons pas de cette dichotomie sans que d’autres éléments de preuves ne soient avancés par nos amis. Leur scénario est par terre, il faudra la preuve d’un docteur Dutrieux,  à Aden, entre le 7 et le 20 août,  pour commencer à le relever (et l’on ne parle pas ici de la présence de Rimbaud mais de la simple datation de la photo).

Je manie l'ironie, mais soyons clairs, tout naufrage m’émeut ! Je ne suis, en Rimbaldie, ni d’une chapelle, ni d’une autre, juste un passant. Tous ces intellectuels, ces chercheurs, méritent le respect pour le travail effectué (qu’ils aient eu raison ou qu’ils se soient trompés, car qui ne s'est pas trompé, un jour, sur ce "coin de table à Aden"). Or ici, nous sentons bien que nos amis s’enferrent dans cette histoire d'anti-esclavagisme et de comte Sala ; ça sent le chatterton, pas la grosse réparation !

Dutrieux, au cours de l’été 1880, est en Egypte, de retour d’Europe. Il y restera encore plusieurs années exerçant sa profession de médecin (voir article précédent). Que voulez-vous qu’il soit venu faire à Aden ? Lutter contre la traite des esclaves à la terrasse de l’hôtel du bon père Suel ? Interviewer les autorités anglaises (sans doute Hunter ? Là aussi ça yoyote !). N'y en avait-il pas de plus proches, de plus puissantes en Egypte même ? Et localement, le plus gros trafic d’esclaves  passait par le Soudan ;  Tadjoura n’était qu'une petite épicerie, pas une GMS.

Non, c’est louable, honnête, bien cherché de la part de nos expertissimes amis, mais faute de mieux, et malgré les solides réseaux amicaux, cela n’emportera, à terme, jamais la décision. Dans le meilleur des cas, cette photo sera à tout jamais pestiférée. Au pire ...

Or, il y a mieux à proposer, et je suis surpris que nos amis n’y aient pas pensé.

Une fois de plus, j’espère qu’ils ne refuseront pas un mien petit coup de mains (cf la galéjade d'un Révoil derrière la caméra, plaisanterie que je leur avais soufflée sur le forum Rimbaud, en juin dernier, juste avant qu'ils ne la fassent vivre dans leurs articles de bibliobs.com et de l’express.fr). 

Oui, il y a bien mieux, et nettement plus dans le tempo ! Souvenons-nous ! Le docteur Dutrieux avait une dette de reconnaissance à l’endroit du jeune explorateur Lucereau qui l’avait reçu avec tant de générosité, quand il était enfin parvenu à Aden, mourant (mais ressuscité), en novembre 1879. La lettre de Dutrieux, datée de février 1881, montre bien la noblesse et la force de ce sentiment (point important : bien penser à toujours utiliser l’argument du voisin !).

Souvent, tous deux étaient restés assis à la terrasse de l’hôtel - bien après que la nuit (par distraction) soit tombée - à deviser d’un univers meilleur où l’homme n’exploiterait plus son prochain. Lucereau en particulier avait détaillé à Dutrieux les vexations que lui avait fait subir, quelques jours plus tôt, l’émir de Zeilah, Abou Beker - efficace marchand d’esclaves mais sinistre père de famille. Déjà, Lucereau commençait à désespérer de ne jamais pouvoir atteindre Harar (il comptait visiter la maison de Rimbaud en avant-première !). Le docteur Dutrieux l’avait alors obligeamment informé qu’il connaissait très bien le khédive d’Egypte (domestique quelque peu émancipé du sultan ottoman), dont Abou Beker, n’était somme toute qu’une sorte de valet (quelque peu affranchi), et qu’il serait disposé, à la demande de Lucereau, à intervenir en sa faveur, si celui-ci le lui demandait de façon explicite.

Puis, ils s’étaient quittés mais sans jamais se perdre de vue. Ainsi vont les rencontres de voyage !

Aussi, quand, courant juillet 1880, au Caire, le docteur Dutrieux apprit par Lucereau que sa dernière tentative s’était de nouveau heurtée au violent refus d'Abou Beker et que l’explorateur ne gardait plus espoir que dans un ordre écrit du khédive, intimant à son émir de le laisser passer, lui Lucereau et tous ses chameaux, Dutrieux vola à son secours, au sens propre comme au sens figuré.

En un tournemain, il obtint du khédive le document réclamé par son ami et, prétextant d’une fâcherie avec le comte Sala (qui peut être dupe du fallacieux argument avancé ?), sauta dans le premier vapeur qui passait sur le canal et se rendit à Aden, le 15 août 1880, pour lui remettre en main propre, la précieuse missive (on ne pouvait en effet se fier à ces contrées où les espions pullulaient).

Et Révoil, qui passait par là, l'appareil en bandoulière, immortalisa cet extraordinaire moment d’amitié.

Et Rimbaud dans tout ça ?

Ah Rimbaud !      

 

 

Circeto  

 

 

 

 

Commentaires

Un post plutôt bien écrit, avec un style bien agréable. Beaucoup de talent d'après moi!!:) Je viendrais lire les autres avec plaisir. A bientôt ^^

Écrit par : Apprendre à gagner au loto | 05/11/2011

Les commentaires sont fermés.