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22/01/2011

RIMBAUD A ADEN ? / UN TOURNAISIEN CHASSE RIMBAUD DE LA PHOTO (et que fait la police ?)

En avril dernier une photo de groupe, prise à Aden autour des années 1880, avait fait grand bruit médiatique. Les découvreurs de cette photo, des libraires parisiens, amateurs de livres et de documents anciens, avaient annoncé que le poète Arthur Rimbaud figurait au milieu d’un groupe de personnes attablées à une terrasse d’hôtel, le grand hôtel de l'Univers d'Aden.

Les photos du poète adulte étant rares et de mauvaise qualité, cette découverte présentée comme exceptionnelle avait même fait l’objet de reportages dans les journaux télévisés belges et français, et l’on baptisa la photo : « un coin de table à Aden », en référence au célèbre tableau de Fantin-Latour, représentant, Rimbaud et Verlaine, assis au milieu d’autres poètes.

Cent vingt ans après sa mort, une fois de plus, la légende rattrapait Rimbaud.


Rimbaud attire le mythe comme la lumière hypnotise les phalènes. Combien de légendes n’a-t-on pas construites autour de cet enfant prodige, qui a vingt ans, après avoir ouvert aux hommes des chemins inconnus  (« j’ai vu quelquefois ce que l’homme a  crû voir » écrit-il dans le Bateau ivre) et fait le tour de son talent créatif, décida de tout abandonner pour partir loin, du côté d’Aden, en Abyssinie, vivre une « seconde » vie ?

Rimbaud ou le mythe de l’adolescent rebelle : cet adolescent qui vit en chacun de nous, au creux de nos lombes, et ne veut pas mourir. Rimbaud, lui, est mort dans la souffrance, misérable, inconnu. Son génie, son abandon soudain de la poésie intriguent, dérangent ; c’est pour cela que son image resurgit régulièrement. Or là, mieux qu’une image, nous tenions enfin une photo : une photo de cette « seconde » vie !

Les légendes, malheureusement, ne résistent guère au principe de réalité. Nous savons en effet, depuis une semaine, que  Rimbaud n’était pas sur la photo ! Et ceci, à cause d’un tournaisien : le docteur Pierre-Joseph Dutrieux (dit Dutrieux-Bey, depuis qu’en 1882, le khédive d’Egypte, dont il était le médecin, lui conféra cette dignité).

Le docteur Dutrieux, né le 19 juillet 1848, à Tournai, a en effet été identifié de manière certaine comme l’une des personnes posant sur la photo du « coin de table à Aden » (il s’agit du barbu assis à gauche, nez pincé, front soucieux, tempe « résolument » dégarnie). Et cette identification, s’ajoutant à celle d’un autre personnage, dont la présence est également acquise - l’explorateur Henri Lucereau (le grand moustachu un peu bravache, debout à gauche) - permet maintenant de dater de façon très précise l’époque à laquelle a été prise la photo. Il s’agit de novembre 1879, mois au cours duquel le docteur Dutrieux, se rétablissait, à Aden, d’une malaria contractée, quelques mois plus tôt, lors d'un voyage d’exploration en Afrique centrale (première expédition belge vers le Tanganika).

Or en novembre 1879, Arthur Rimbaud, était en France ;  il ne mettra les pieds à Aden, qu’en août de l’année suivante. Par conséquent, il ne peut  être sur la photo. « Rimbaud » est donc un autre !  Ne nous en avait-il pas prévenu ?

Alors, tout ce bruit pour rien ?

Peut-être pas, car si cette photo n’ajoute aucune lumière à notre connaissance de la « seconde » vie  de Rimbaud, elle permet du moins de sortir de l’ombre certains héros oubliés de l’Histoire, tel notre docteur Dutrieux, qui possède encore sa tombe au cimetière Sud de Tournai, carré 7, concession 407 (avec sculpture).

N'est-ce pas là un sujet tout trouvé pour la prochaine sortie du centre d'interprétation du funéraire de Tournai ?

 

Nota : les détails et rebondissements du feuilleton de la photo du « coin de table à Aden » sont consultables sur l’excellent site internet dédié à Rimbaud (mag4.net)  : http://rimbaudactus.mag4.net/post/188-retour-sur-la-photo..., ainsi que sur  rimbaudivre.blogspot.com

Circeto

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